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Francis Cabrel face aux lecteurs de “Sud Ouest” : les vidéos

EN VIDEO. A l’occasion de la fête de la musique, cinq lecteurs du journal Sud Ouest ont pu rencontrer et interviewer l’artiste d’Astaffort. A découvrir en vidéo!


Francis Cabrel interviewé par

les lecteurs de Sud Ouest

C’est avec enthousiasme que Francis Cabrel avait accueilli notre proposition d’une interview “Face aux lecteurs” de notre journal (”l’idée me plaît beaucoup”) et avec une grande générosité qu’il nous a accueillis dans son village d’Astaffort, en Lot-et-Garonne. Disponible, ouvert et sincère, il s’est prêté au jeu des questions-réponses.
Nous vous invitons à découvrir en vidéo de nombreux extraits de cette rencontre.

Pour retrouver le texte de l’interview, cliquez —–> ICI



  1. Vidéo 1 : Francis Cabrel à propos de sa tournée 2008/2009

  1. Vidéo 2 : Francis Cabrel en chansons

  1. Vidéo 3 - Francis Cabrel et Astaffort

  1. Vidéo 4 - Francis Cabrel et la chanson française

  1. Vidéo 5 - Les coulisses de la rencontre

  1. Vidéo 6 - Francis Cabrel et le téléchargement illégal


22 juin 2008 - 2 commentaires
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Francis Cabrel face aux lecteurs de “Sud Ouest”

-FRANCIS CABREL. Dans son fief d’Astaffort, Francis Cabrel a accueilli chaleureusement nos lecteurs et répondu sans détour à leurs questions à l’occasion de la Fête de la musique

« Je respire mieux ici »



cabrel video
cliquez sur l’image pour accéder aux vidéos de l’entretien

cabrel lecteursC’est avec enthousiasme que Francis Cabrel avait accueilli la proposition d’une interview « Face aux lecteurs » de notre journal : « J’aime bien l’idée de rencontrer des gens, de papoter, bavarder. Écrire des chansons, c’est s’adresser aux autres. C’est important à, moment donné de savoir ce qu’ils en pensent et comment ils les reçoivent. »
Dans son village d’Astaffort, en Lot-et-Garonne, il a répondu pendant près de deux heures aux questions de cinq lecteurs de « Sud Ouest ».


« Sud Ouest ». Où nous trouvons-nous, précisément ?
Francis Cabrel. Sous le préau de l’école primaire de garçons où j’ai appris à lire et à écrire. Dans les années 60, le village se partageait en deux écoles, garçons et filles. Quand elles ont été réunies, celle-ci est tombée, pas en abandon mais pas loin.
La mairie n’avait pas de projet là-dessus et, quand je suis devenu conseiller municipal en 1989, j’ai eu l’idée de monter les rencontres auteurs-compositeurs Voix du Sud. L’endroit s’est imposé comme le lieu idéal : de nombreuses pièces, la petite cour au milieu, la possibilité de loger des gens au-dessus? Ç’a été le grand projet de mes deux mandats d’élu, surtout du premier. Ça et la « music’halle », la salle de spectacles qui était vraiment en piteux état. L’école a été transformée mais les salles de classe sont à peu près aux mêmes endroits. Maintenant il y a une salle de danse, l’école de peinture, du théâtre. Tout ce qu’Astaffort compte de culturel se retrouve ici.


Fabienne Rougier. Votre enracinement ici passe-t-il toujours par une implication dans la vie locale ?
Francis Cabrel. Je suis né ici, j’y ai grandi, je suis resté vingt-quatre ans sans sortir d’ici et d’Agen. Toulouse, j’y suis allé deux fois, Bordeaux jamais. Tout s’est vraiment passé là, tous les apprentissages de la vie en général.
Par la suite, tout ce que j’ai pu rendre au village, d’une certaine façon, je l’ai fait. Que la culture soit réservée aux grandes villes, ça m’a toujours agacé. J’ai souffert de ça dans ma jeunesse : aucun groupe ne passait, ni même à Agen. Il fallait aller dans les grandes villes pour avoir de bons cinémas, de bons spectacles. Un peu par bravade, j’ai insisté pour qu’on équipe Astaffort presque comme une ville moyenne. C’est peut-être un peu disproportionné par rapport à la population, mais on y gagne un côté convivial, naturel.


« Sud Ouest ». À Astaffort, on est un peu dans votre nid?
Francis Cabrel. Mes grands-parents, venus d’Italie dans les années 1920, ont atterri ici. Pourquoi, j’en sais rien, ça manquait de bras, je suppose. Après la Première Guerre, il y a eu tout un flot d’immigration. L’Italie très pauvre, la France exsangue? Les quatre personnages de mes grands-parents sont arrivés là, et la famille s’est constituée petit à petit ici. Leurs enfants se sont rencontrés, mariés, et nous voilà, nous les enfants, enracinés là un peu par hasard. Mais l’endroit me correspond tout à fait. J’en ai visité beaucoup d’autres, partout, où je peux me sentir bien un moment. Mais pour s’asseoir, vivre, élever ses enfants, ici c’est plutôt pas mal.


« Sud Ouest ». On vous caricature parfois parlant d’Astaffort comme Dalí vantait la gare de Perpignan.
Francis Cabrel. Pas que ce pays soit différent ou mieux qu’un autre. Mais il se trouve que j’ai grandi et on est un peu tatoué par son enfance malgré tout. On part, on visite des endroits super mais quand on revient, il y a quelque chose, presque dans l’atmosphère, qui fait dire : « je respire mieux ici qu’ailleurs. » Ça énerve les Parisiens de ne pas avoir toujours raison ! De voir que quelqu’un - férocement, de façon têtue - décide de vivre en Aquitaine. Je vis ici, je fais 200 bornes pour aller me ressourcer au bord de l’eau? Ma vie est organisée ainsi. Que ça en fasse rire certains ne me dérange pas.


Fabienne Rongier. Votre village est-il une source d’inspiration pour vos chansons ?
Francis Cabrel. Directement, je ne crois pas. Vous ne trouverez de référence spéciale ou directe à Astaffort dans aucune de mes chansons. Toutefois je pense qu’elles s’en inspirent toutes, parce qu’elles sont toutes teintées du grand air, de la nature verdoyante. J’ai besoin des arbres, du soleil, de l’air qu’on respire. C’est plutôt une inspiration générale qui plane là-dessus.


Benjamin Paul. Le chêne-liège que vous chantez dans votre dernier album existait-il vraiment ?
Francis Cabrel. J’ai essayé d’en faire pousser ici ; malheureusement, la terre ne correspond pas. Mais je passe environ deux mois par an du côté d’Hossegor où on en trouve beaucoup. Comme j’observe beaucoup les arbres, je les connais un peu. J’aime bien ceux qui sont un peu imprévisibles, qui poussent suivant les vents? Celui-là est tortueux, assez solide, résistant, et en même temps on le dépouille de son écorce, Pour la chanson, il y avait une âme à s’asseoir sous un chêne-liège.


« Sud Ouest ». On vous sait très attaché au rubgy. Dans quelles valeurs de ce sport vous reconnaissez-vous ?
Francis Cabrel. J’aime toutes les choses fortement régionales. Et pour moi, la capitale du rugby, c’est Toulouse ou Beaumont-de-Lomagne, pas Paris comme en ce moment. Autrefois, ce sport défendait quelque chose de particulier à nous, du coin. Mon père aimait beaucoup le rugby, on allait au stade ensemble, voir jouer le SU Agen le dimanche et je me suis mis à aimer ce sport. C’est les hasards de la vie, si on m’avait amené au foot, j’aurais peut-être préféré le foot. Mais j’ai trouvé dans le rugby l’idée de solidarité, de camaraderie, de se battre ensemble pour défendre une ligne? Je ne l’ai jamais pratiqué, mais si j’avais été rugbyman, j’aurais joué à un endroit loin de la bagarre, à l’écart des grandes frictions.


« Sud Ouest ». Le fait d’avoir investi dans la vigne, c’est aussi un rapport au local et à la terre ?
Francis Cabrel. Oui. Il y a toujours le mystère de la vigne, on ne sait pas pourquoi le vin est bon ici et pas ailleurs. Hormis la méthode, l’amour que les gens apportent à leur travail, le sol est primordial. J’ai d’abord voulu voir si le sol était favorable. Et comme il l’a été, j’ai un peu étendu. Maintenant on est à 9 hectares. C’est rien, mais ça fait une petite économie locale, quelques personnes travaillent, vivent de ça, je trouve ça plutôt bien.


Catherine Larrousse. Considérez-vous votre dernier album comme engagé ?
Francis Cabrel. Pas plus que les précédents. Hormis sur l’avant-dernier disque, j’ai toujours cherché une sorte de mesure entre la chanson sentimentale et la chanson sociale. S’il y en a un peu plus cette fois-ci, ce n’était pas prémédité. Dans tous les cas, ce n’est pas la peine de s’illusionner, de se dire qu’on est des gens importants et que notre parole pèse d’un poids essentiel. Les chansons, ça se fredonne, ça se sifflote. Parfois, les gens écoutent à peine ce qu’elles racontent et n’en retiennent que la musique.


« Sud Ouest ». Avez-vous le sentiment d’avoir servi la cause des opposants à la tauromachie avec votre chanson « La Corrida » ?
Francis Cabrel. Je l’espère. Il est vrai que je déteste la corrida. J’ai pas voulu en dire plus. Le Collectif anticorrida me harcèle pour diverses signatures, actions d’éclat, etc. Je suis plutôt du genre à faire une chanson et m’en retourner chez moi me cacher un peu.
La cause des antitaurins avance, elle gagne du terrain, et je trouve bien qu’il existe un collectif anticorrida et qu’il fasse du tintamarre.


Muriel Gaillard. L’autre face de votre travail est le chanteur romantique. Le laisserez-vous toujours exister ?
Francis Cabrel. Je pense avoir écrit ces choses-là, même si elles sont sur un ton engagé, sur un mode un peu romantique, un peu poétisé, romancé quelquefois. Quand j’ai commencé cet album, je ne voulais que des chansons politiques et aucune chanson d’amour. J’en avais déjà fait 15, 20 ou 25, et il faut raconter autre chose. Avoir un répertoire plus complet. Un concert avec 25 chansons d’amour, ça m’intéresse pas. Tout le monde s’ennuierait, moi compris. Il faut varier les thèmes. Pour autant, la source romantique n’est pas tarie. J’ai déclaré mon amour à chacune de mes filles, c’est aussi une façon de parler d’amour.


Catherine Larrousse : Avec « Mademoiselle l’Aventure », vous abordez l’adoption, un sujet qui touche à votre intimité. Comment vous y êtes-vous décidé ?
Francis Cabrel. Je me le demande aussi ! Parce c’est une superbe histoire d’amour. Il me fallait remercier les personnes manquant au tableau, ceux dont on ignore qui et où ils sont mais qui sont le départ de tout ce qui nous arrive de beau aujourd’hui. Adopter est une chose extrêmement forte. L’idée d’avoir chez soi quelqu’un qui a été abandonné est terrible. Tu as envie de donner plus à celui qui n’a tellement rien eu au départ. Maintenant, cette idée commence à s’évacuer et j’ai l’impression qu’elle est née ici.
J’essaie de la chanter tous les jours, tout seul chez moi. Mais en public? Le mieux serait qu’elle ne figure pas au répertoire de la tournée. Elle est tellement intime? Je suis assez content qu’elle soit sur l’album. La maison de disques voulait en faire un single, mais je m’y suis opposé. Passer à la télé chanter « Mademoiselle l’Aventure » au piano à 20 h 30, c’est non.

: : Entretien coordonné par Stéphane C. Jonathan et Rodolphe Wartel

20 juin 2008 - Aucun commentaire
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